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dimanche 22 juillet 2018

Hors de portée

J'ai l'impression que je devrais te toucher.
Juste, me pencher et parcourir la distance de toi à moi.
C'est comme ça que je me sens à peu près à chaque fois.

Alors j'essaie de rationaliser. Objectivement, tu es charmant et souriant et drôle avec tout le monde.
C'est dans ma tête, tout ça. J'imagine totalement le fait que tu abandonnes ce que tu es train de faire pour te concentrer sur ce que je dis dès que j'entre dans la pièce.
Je prends mes illusions pour des réalités et il faut que je me calme.

Il faut que je me calme, que je pense à autre chose.
Autre chose que nos points communs. Autre chose que l'envie de m'appuyer contre toi quand on est assis l'un à côté de l'autre. Définitivement autre chose que l'effet que ça me ferait si tu étais celui qui couvrait la distance.

Parfois, pendant les heures que je perds au lit à fixer mon plafond, j'imagine que tu es là.
Je te visualise allongé à côté de moi. Tu regardes le plafond toi aussi.
Puis, avec un soupir, tu te tournes sur le côté et enfouis ta tête dans le creux de mon épaule.

Voilà ce que je m'autorise. Pas plus.
Ça et le fait de me demander...
si parfois tu y penses aussi.


samedi 14 novembre 2015

si vite / si lentement

On se souvient toujours de ce qu'on était en train de faire lorsqu'une horrible nouvelle nous a été annoncée.

Je me rappelle comme si c'était hier de ma cassette qui arrive à la fin de sa bande, du "clic" de mon baladeur pourri alors que j'arrive devant ma boîte aux lettres. De m'être dit "Oh, la flemme de remettre l'autre face de la cassette, je suis devant la porte" avant d'appuyer sur le bouton FM.
Puis les explications confuses : nuage de fumée, gens qui courent dans les rues, New York, avion détourné, ...
Je me souviens de mes pas faisant crisser les cailloux de la cour, de l'instant où j'ai compris qu'il se passait quelque chose. De mes mains qui galéraient un peu avec la clé du garage, de mon sac balancé à la va-vite sur le canapé pour allumer la télévision. Du deuxième avion qui entre dans la tour. Des journalistes sans voix. Des corps qui filent vers le sol, si vite et si lentement.

Je me souviens aussi du "Hey, t'as vu ce tweet ? Il se passe un truc chez Charlie Hebdo ?". Des nouvelles qui arrivent, tombant les unes derrière les autres sur cet écran qui me sert à surveiller le monde. Un écran que je suis payée à fixer. Du "Viens voir, ils ont allumé la télé en salle de presse... Il y a des morts...".
Des jours qui ont suivis, si vite et si lentement.

Alors je commence à les reconnaître, ces moments qui changent tout. Ces bouts de livres d'histoire que j'aurais vécus.

Comme cette voix qui s'élève au milieu d'une salle emplie de cliquetis de clavier. Qui arrive à percer à travers la musique diffusée par mes écouteurs. Et qui dit : "Oh... Vous avez vu, il y a une fusillade dans le 10ème !".
Et mon téléphone qui sonne immédiatement derrière : "Tu vas bien??? Paraît que ya une fusillade à république !!"
Et cette soirée de créativité qui devient immédiatement une soirée d'angoisse, à rassurer maman au téléphone, à envoyer des sms à tous mes amis, à m'inquiéter quand ils n'y répondent pas, à dérouler encore et encore cette timeline Twitter qui n'égrenne que des nouvelles de plus en plus tragiques. Du pire en pire en pire.
Être coincée là, par peur de sortir, parce qu'on est au milieu de la zone dangereuse et que bon "on ne sait pas". Penser aux gens dehors. Se dire qu'on est venue pour écrire et que de toutes manières on n'a rien de mieux à faire.
Ne pas trouver de mots.
Être fatiguée et vouloir rentrer. Avoir envie de dormir et peur de se réveiller.

Vivre une nuit dans l'Histoire. Une nuit qui passe si vite.
Mais surtout si lentement. 

[texte en direct du lieu de coworking où je suis toujours terrée, théoriquement pour avancer sur mon NaNoWriMo.
Restez chez vous et en sécurité.
Ne perdez pas espoir. Ne perdez pas confiance.]

vendredi 6 novembre 2015

Un peu compliqué


Parfois tu passes une journée de merde et tu fais de mauvais choix.
Genre tu vas picoler seul-e en te disant qu'avec de l'alcool ça passera mieux.


Ce n'est pas tout à fait faux. Pendant un moment tu es confortablement anesthésié-e. Tu te plonges dans la musique. Tu observes les gens accoudés au bar. Tu n'es pas seul-e avec ton téléphone à la main, à scroller sur Twitter, à commenter sur Facebook, à te donner une contenance pour ne pas boire ton verre trop vite. Ca devrait te rassurer mais ça te rend juste triste. Tu ne souhaites ça à personne. A choisir, tu préfèrerais être seul-e à être tout-e seul-e.
Le barman et la barmaid se touchent beaucoup et tu te demandes s'ils couchent ensemble. Ce ne sont pas tes oignons, mais quand même.
Tes années de marketing te disent que si la barmaid connaît ton nom ce n'est pas juste parce que le barman t'aime bien et le lui a dit. C'est parce que le barman a besoin que les gens consomment et reviennent. Et tu es beaucoup plus tenté-e de retourner dans le même bar quand tu as l'impression d'avoir des amis de l'autre côté du comptoir.
Esbroufe totale ou pas ? C'est la question.
Tu ne sauras jamais si les tenanciers ont une vraie sympathie pour toi ou si ce n'est que du business à base de "je t'offre un shot, reviens très vite, bisous".


Par contre, tu sais que tu es sur la pente descendante.

mardi 9 juillet 2013

Le pouvoir des librairies

J’aime me balader dans les librairies. 

A l’époque où j’étais en licence, j’allais souvent au Gibert Jeune à Strasbourg Saint-Denis en rentrant chez moi. Les trois quarts du temps je n’achetais rien, mais après une demie heure à flâner parmi les livres, les tous neufs plein d’espoir, les vieux entrés au Panthéon et les abandonnés en attente d'un nouveau propriétaire, je ressortais apaisée. Les librairies et les bibliothèques ont toujours eu cet effet sur moi. 

D’aussi loin que remonte ma mémoire, j’ai toujours aimé être entourée de livres. Mes premiers vrais souvenirs de bibliothèque remontent à l’époque où je devais me hisser à la force des bras pour gravir les marches de la mezzanine de la salle de jeu de ma maternelle, pour atteindre les livres cachés dans de grands bacs blancs en bois. En 3ème je suis retournée dans cette même maternelle pendant une semaine, pour mon stage de découverte. J’y ai découvert que les chaises étaient à taille d’enfant, que les marches de la mezzanine pouvaient être montées aisément par un adulte et que j’aimais toujours m’asseoir en tailleur entre les boîtes blanches pour lire. 

J’ai eu la chance d’apprendre à lire et écrire très tôt et plutôt facilement. A partir de quatre ou cinq ans, j’ai commencé à lire seule le soir. La table de chevet de mon lit croulait sous les J’aime Lire (ma mère les a rangés et recomptés l’autre jour, j’en ai plus de cent-cinquante). Et puis rapidement d’autres histoires, un peu plus compliquées, avec des mots plus longs. A cette époque là je n’étais pas très regardante sur le contenu de ma lecture. Un jour quand j’avais sept ou huit ans, ma mère m’a retrouvée en train de lire un quelconque roman sur l’Egypte de Christian Jacq. Elle m’a demandé si je comprenais et je lui ai répondu « Pas tout, mais plus je lis plus je comprends ». 

Je me racontais aussi des histoires à voix haute. J’allais dans le garage avec un ballon de basket pour dribbler ou un cerceau à faire tourner autour de mes mains (j’avais besoin de me tenir les mains occupées) et je marchais de long en large en me racontant à moi-même la vie et les aventures de mes propres personnages. Je stoppais net quand ma mère passait dans le garage (elle me prenait sûrement pour une folle) mais ne perdais jamais le fil. 

Plus je lisais de livres, plus je me racontais d’histoires, et inversement. Les deux étaient intimement liés. Entre huit et quinze ans, je ne me souviens pas d’un seul anniversaire ou Noël où je n’ai reçu un livre en cadeau. Et puis, à force de me tenir les mains occupées, j’ai fini par mettre la chose en pratique et à treize ans je suis devenue championne régionale de basketball. 

Pour mon entrée en sixième, j’ai eu un ordinateur. Un énorme IBM avec un écran cathodique et un modem qui faisait « kkrrrr-tuuuuu-tidutiduuu-dit-hiiiohhhuuuuh » quand j’essayais d’aller sur Internet (en 56k avec mon forfait 3 heures). A cette époque là, j’ai commencé à écrire. Certains de mes textes sont d’ailleurs toujours à la maison, cachés dans des disquettes que plus personne ne peut lire. 
Cette année là, une de mes camarades de classe m’a montré le livre quelle lisait en ce moment pendant qu’on était à nos casiers. Elle m’a dit que ça s’appelait HarryPotter et que si je voulais elle pouvait me le prêter. J’ai dévoré ceux qui étaient sortis et ai attendu avec impatience la suite. Un jour, en passant à Intermarché, j’ai été attirée par la couverture d’un livre de poche écrit par Philip Pullman. J’ai fini le dernier tome de La Croisée des Mondes à 3 heures du matin, en pleurant pour la première fois devant un livre. Une autre amie, l’année suivante, m’a prêté L’Empire des Anges de Bernard Werber. Souvent, l’amour qu’on porte à une chanson, un tableau ou toute œuvre artistique ou non est lié à un contexte. L’Empire des Anges reste pour moi l’archétype du livre qui était là au bon endroit au bon moment. Plus le temps passait plus j’avais accès à la littérature. 

J’avais parfois un peu d’argent « à moi » à dépenser après les anniversaires ou Noël, j’avais un CDI à disposition, j’avais internet et ses milliards de fanfictions. Quelques découvertes marquantes sont venues jalonner les années qui ont suivi. Hell de Lolita Pille a été un de mes premiers livres-traumatismes. Moi qui n’avais jamais écrit que de la science-fiction ou de la fantasy, je vis naître dans ma tête des personnages humains, sans magie ni pouvoir ni armes laser. A dix-sept ans, j’ai écrit le premier texte de ma série Nine Lives

De temps à autres, je me disais que je pourrais devenir écrivain. Mes profs de français chantaient les louanges de mes écritures d’invention et j’aimais écrire, alors ma foi pourquoi pas. Le temps passant, j’ai cependant pris conscience du fait que je n’arriverais pas à vivre de ma plume, pas avec mon manque de motivation et ma production poussive. 

Mais je continue à écrire de temps à autres. J’entasse toujours les idées de roman dans un coin de ma tête. Je me dis « un jour, peut-être ».  

Et je me promène dans les librairies. Je trempe dans les inventions des autres, dans toutes ces tâches noires sur le papier, sorties directement de l’imagination de quelqu’un qui a eu la force de volonté d'aller au bout de son idée et de la donner en pâture aux éditeurs et aux requins-lecteurs. 

Parfois, je pense aux possibilités de l’imagination. Au fait que n’importe quel humain peut inventer réellement quelque chose, créer une réalité, un univers, là où il n’y avait rien. Je pense à tous ces mondes si différents ou si semblables au nôtre, à tous ces personnages qui n’ont jamais vécu mais pour qui des lecteurs et des spectateurs vont pleurer et trembler, qu’ils vont détester et dont ils vont tomber amoureux. 

C’est un peu pour tout ça que j’aime me balader dans les librairies. 


"But really... really it was your storytelling.
That is the true power of free will, at least as you've mastered it so far. When you create stories, you become gods of tiny intricate dimensions unto themselves. So many worlds. I've read as much as it's possible for an angel to read and I haven't caught up."

Supernatural - s08e21


Donc hier je suis allée m'acheter des livres. Je ne l'avais pas fait depuis fort longtemps mais au bout d'un moment lire sur la tablette ça fatigue et puis j'aime la sensation du papier.
Et en rentrant j'ai allumé mon netbook trop lent pour aller sur internet, j'ai écrit ça, je l'ai éteint et j'ai été me coucher avec un des livres. Un est donc près de mon lit, le second est dans mon sac (pour les transports en commun) et l'autre attend sagement son tour. 
Je vous laisse prendre les paris. 

Dôme de Stephen King - Cloud Atlas de David Mitchell - Le Passage de Justin Cronin
 

vendredi 24 août 2012

HOME

Je dis souvent que si je n'écris plus beaucoup, c'est parce que je n'ai pas le temps. C'est faux. Je choisis de ne pas avoir le temps. Je choisis de réactualiser 10 fois Twitter au lieu de coucher quelques phrases et je choisis d'entamer une énième partie de Civ V au lieu de me coller sérieusement à mon mémoire (ahaha, je rends le 4 septembre, j'ai écrit 5 pages, tout va bien).
Tout n'est que choix, donc.

Ce soir, je fais le choix d'écrire. Parce que j'en ai envie, que ça me titille depuis que je suis partie en vacances et parce que, pour une fois, merde j'ai quelque chose à dire.

Donc je vais commencer par vous parler de la différence entre "house" et "home". [Le sujet de cet article n'est pas les subtilités de la version et du thème, promis.]
Donc, le mot "house", en anglais, veut dire "maison". Cependant, ce mot définit plutôt le bâtiment. On le différencie ainsi de "home", qui désigne son "chez soi". En France, quand on parle de maison, on sous-entend la plupart du temps "home", mais du coup je suppose que le terme le plus approprié pour traduire "home" serait "foyer".
Son foyer. Son chez soi. Là où on est bien.

En anglais, on dit aussi "Home is where the heart is". Mais là, ce dont je vais vous parler, c'est de "Home is whenever I'm with you".

Comme l'a si bien expliqué Silver dans sa série "Fantastiques" (1-2-3-4) en 2010 (merde, déjà...), il y a des instants qui, sur le moment, semblent insignifiants mais qui avec le temps prendront des proportions incroyables. Cet instant sans intérêt deviendra point de pivot, moment où tout à basculé, quelques minutes qui modifient le cours d'une vie entière. L'effet papillon.
En 2006, je passe le bac. Je choisis de déménager à Nantes pour ma 1ère année de fac. Tout cela se passe très mal, et, une chose en entraînant une autre, je décide de poursuivre ma 2nde année de licence à Paris. En parallèle à mes études, je passe (déjà) énormément de temps sur internet. Je suis même admin du forum de la communauté francophone de DeviantART. Sur ce forum, je rencontre plein de gens avec qui je sympathise, notamment deux personnes, Silver et Maky, qui se connaissent "en vrai".
Hiver 2007, les Galeries Lafayette sont parées de leurs plus belles vitrines animées et on se les caille bien comme il faut. Maky, au détour d'une conversation MSN (oui, on est en 2007) m'annonce qu'elle va passer à Paris. Et que ça serait chouette de se voir.
Je dis oui.

L'instant important est là.
J'aurais pu être prise ce soir là. Avoir la flemme. Avoir peur de passer ma soirée avec quelqu'un que je ne connaissais "que d'internet". Mais je dis oui.

Fastforward. Et nous sommes en août 2012. Je suis à Hossegor, assise toute seule sous la pergola.  A l'intérieur de la maison, ça rigole. Quelqu'un joue de la guitare. Du salon provient un : "Les gars, quelqu'un a pensé à lancer lave-vaisselle hier soir ?" Bruits de tasses qui s'entrechoquent dans la cuisine. La guitare s'arrête puis reprend, mais je sens qu'on a changé de guitariste. La brise est un peu fraîche et je griffonne dans un carnet que j'inaugure. J'ai décidé de mettre quelque chose d'important sur cette première page, histoire de bien lancer le truc. J'attends depuis juin d'avoir quelques mots pour cette page.
Et ils sont soudain là.



mercredi 9 avril 2008

Scénario Catastrophe


Tout commence simplement.

Maux de tête fréquents, maladies à répétition, tête qui tourne. Rien de bien alarmant, ça passe vite et on oublie.
Et vient le jour où les vertiges t'amènent au bord de l'évanouissement. Tu es là, en peignoir dans la salle de bain, les yeux fermés car tu ne peux simplement pas les ouvrir, tes mains agrippées au mur d'un côté et au lavabo de l'autre. Tu tangues, tu penches, et soudainement tu as peur.
Toute la journée, ta vie est un calvaire. Te rendre du salon à la cuisine sans tomber est un parcours du combattant, le mur et les chaises te tiennent lieu de cane.
Tu prends rendez-vous chez le médecin, tu traines devant la télé car le reste te donne trop mal au crâne, tu badines avec tes amis car il ne faut pas dramatiser pour rien. Mais au fond tu crèves de trouille...

Trop d'évènements l'année passée t'ont sensibilisée à la fragilité de la vie. Et tu sais pertinemment que ça n'arrive pas qu'aux autres.

Tu attends toute la journée, tu tentes de t'occuper mais tout est trop dur ou douloureux. Tu te demandes ce que ça ferait de vivre toute une vie comme ça et tu flippes.
L'heure du rendez-vous arrivé, tu tardes à quitter l'appartement, tu sais bien qu'on ne te découvrira pas un truc grave dans un cabinet de généraliste, mais n'empêche.
Tu arrives pile à l'heure chez le médecin. Tu poireautes une bonne demie heure, sous toi, la chaise tangue. Puis le médecin arrive enfin. "La" médecin plutôt. Elle a l'air sympa et tu te sens en confiance: tu lui expliques ce qui ne va pas et elle te prescrit un bilan sanguin complet, des comprimés et une visite chez l'ORL. Tu t'es mis dans la tête que ce n'est pas le tympan, mais que c'est le cerveau...

De là tout part en vrille.
Les scenarii catastrophe s'enchaînent dans ta tête, et ton imagination a déjà échafaudé la fin.

Tu te vois chez l'ORL impuissant qui te renvoie chez le neurologue. Tu vois tes analyses de sang revenir avec la preuve de ce que tu craignais. Tu te vois en train de passer le fameux scan-crânien. Tu te vois ressortir du cabinet avec la certitude que ça a commencé.
Et en effet, ça a commencé.
La malédiction familiale s'abat sur toi bien plus tôt que prévu. Ta mère est dévastée. Dévastée mais, comme toujours, forte pour deux.
Commence le traitement. Certains jours, c'est si douloureux que tu crèves d'envie de te jeter sous un métro ou de te gaver de barbituriques. Tu ne le fais pas: en même temps que ces corps étrangers se répand en toi ce besoin primitif de lutter.
Alors tu luttes. Et ils luttent avec toi.
Ils font semblant de ne pas remarquer tes joues qui se creusent et ton teint qui est passé de pâle à cadavérique. Ils font comme si rien n'avait changé mais cessent brutalement de parler quand tu entres dans une pièce.

Un jour, tu fais face à ton reflet chauve. Tu n'as jamais autant pleuré de ta vie.
Alors à ton tour tu fais semblant. Semblant de vivre normalement. Semblant de ne pas voir ces gens qui te dévisagent dans le métro en se demandant si tu as rasé tes cheveux ou...
Tu refuses de pleurer devant les autres, mais parfois les vannes s'ouvrent d'elles-mêmes. Un peu trop souvent à ton goût d'ailleurs.

Tu sais que les rayons ne fonctionnent pas. Tu es jeune mais pas stupide. Encore que tu as l'impression d'avoir pris vingt ans en six mois.
Alors tu décides d'en profiter pour vivre. Tu lâches ton appart que tu aimais tant. Tu vends ces choses sans intérêt que tu as accumulé au cours des années. Autant profiter de l'argent maintenant, il ne te servira à rien de l'autre côté.
Tu visites l'Europe. Tu visites les Etats-Unis. Et puis un jour ta mère s'endette et te paye ton billet pour l'Islande.
Tu pars seule et elle se ronge les sangs, mais tu en as besoin. Ce jour là, devant une étendue infinie d'eau, tu ne pleures pas pour toi. Tu pleures simplement. Ces larmes emportent ton trop-plein d'émotions et tu te sens le besoin d'écrire.

Et une idée te vient...
Peut-être qu'en fait tu sens juste la Terre tourner.
Peut-être que ce n'est que ça.
Peut-être...