dimanche 30 mai 2010

Strangers 3 - P.

J'ai beau fouiller le placard de fonds en combles, le même tragique constat s'impose: je suis à court de raviolis en conserve.
Merde.

Dépité, je me rabats sur une boîte de cassoulet que je vide distraitement dans une casserole. Quel jour sommes-nous? Vendredi. Bon, il faudra faire avec les moyens du bord jusqu'à mardi.
Astrid rentre d'Argentine lundi. Donc Astrid passe mardi. Il faudrait que je l'appelle pour savoir à quelle heure elle viendra. Elle débarque souvent sans prévenir et cela m'insupporte.

Le cassoulet glougloute dans sa casserole quand soudain un pigeon se pose sur le rebord de la fenêtre. Je me précipite pour refermer les battants. Ces bêtes là sont couvertes de maladies!
Je me trouve tout essoufflé par cette attaque surprise. Ce pigeon doit être la seule entité vivante à m'avoir approché de si près depuis le départ de ma sœur il y a un mois et demi. Astrid est partie en randonnée en Argentine.
Elle m'a envoyé douze cartes postales que la gardienne a glissées sous ma porte. Toutes affichent des paysages luxuriants, du bleu qui miroite et du vert qui agresse les yeux. Je préfère mes murs gris, ma vue sur le toit d'en face et mes placards pleins de conserves.
Pendant que ma jumelle escalade des montagnes et barbote dans des lagons, je relis Ovide dans le texte et réchauffe des boîtes de conserve.

Et ses cartes, qui se cantonnaient autrefois à mon bureau, envahissent aujourd'hui tous les murs de mon appartement comme une gangrène moqueuse. Les cartes m'observent tourner dans mon trois pièces depuis neuf ans.

Seules spectatrices de l'unique numéro de mon répertoire.

"L'homme qui ne pouvait plus sortir de chez lui."

1 commentaire:

Donald a dit…

Pas mal du tout je trouve, enfin je trouve l'idée excellente mais c'est peut-être un peu trop expédié... Enfin je sais pas, on en vient trop vite aux faits, je trouve que ça aurait été plus intéressant de s'attarder sur son quotidien morose et d'aller petit à petit sur le sujet de son isolement. Mais sinon c'est toujours très bien, toujours ces personnages torturés si bien décrits, c'est toujours un plaisir de te lire.