dimanche 31 août 2014

MayDay

[Ambiance sonore : Mayday - UNKLE
c'est assez vital à l'histoire donc cliquez ;) ]

        Le Mecanox porte bien son nom.
Plus grande boîte de nuit de la planète, l'endroit est un repaire à technophiles. Tout, depuis le décor sombre et industriel jusqu'aux robots-serveuses en passant par les "artistes" employés pour divertir la clientèle est étudié pour attirer les nouveaux rois du technomonde. Alcool infâme distillé dans la cave, strip-tease et ronron mécanique des rouages décoratifs... Pas vraiment ma conception d'une bonne soirée.
        Je ne fais pas la queue à l'entrée du club, je me contente de sortir mon badge de la police artésienne en précisant que je souhaite parler à l'Artiste Mila Sventazi. Le videur m'observe un instant avant de scanner mon badge mais semble rassuré par mon emploi du terme honorifique d'Artiste. Sur Vidalgan, on ne plaisante pas avec les conventions.
Le videur me fait signe d'entrer tout en gardant un œil sur la foule massée derrière les barrières de sécurité. Je suis toujours amusé de voir ce genre de boîte employer des non-modifiés pour assurer la sécurité. Même si les mœurs ont évolué, on ne fait pas autant confiance à la technologie intégrée que les politiciens le prétendent sur nos écrans.

        L'intérieur du club est moins glauque que ce à quoi je m'attendais. Sombre, enfumé et bruyant, certes, mais propre. Des serveuses modifiées peu vêtues circulent entre les tables, portant des plateaux diffusant une sorte de lumière grise. La grande majorité des clients sont des hommes, riches vu le nombre de complet-vestons dans la salle. Certains discutent entre eux, d'autres sont rassemblés autour d'un brasero diffusant une drogue locale, les derniers boivent simplement l'un des breuvages terreux alcoolisés servis sur cette planète. Non, vraiment pas mon type de soirée.
        Le seul point commun entre tous les clients est le petit coup d'œil nerveux qu'ils lancent à la scène de temps à autres. Le regard de quelqu'un qui attend fébrilement son rendez-vous galant en priant pour qu'elle ne lui pose pas un lapin.
Ils attendent tous Mila.

mercredi 29 janvier 2014

Monster 3 - Thomas

[Ce texte fait partie de la série Monster. Il n'est pas nécessaire d'avoir lu Monster et/ou Monster 2, mais ça aidera à la compréhension du texte - et ça me fera plaisir -.
Le texte a été une grosse galère à pondre OHMONDIEU écrit en écoutant cette playlist.]



Les hurlements m’accompagnent alors que je traverse la plantation en courant, fuyant le plus vite possible hors de portée des cris. Ils ont dû retrouver le corps du Maître.
Des voix d’hommes s’élèvent, des chiens aboient, quelques cris aigus de femmes percent la nuit. Malgré la distance, je reconnais ceux de ma mère : implorant, suppliant dans un anglais qui roule toujours mal sous sa langue, criant mon nom sans que je sache si elle me demande de revenir ou m’encourage à courir plus vite.

J’avais toujours été un monstre. Le sang sur mes mains n’en était qu’une preuve supplémentaire.

- Rattrapez-moi ce sale nègre ! JE LE VEUX PENDU !
- Thomaaas ! Oh mon Dieu non, ne lui faites pas mal par pitié. Maître Jacobson, pitié !

Les lianes me fouettent le visage mais je n’y prête guerre attention. Toute ma concentration est focalisée sur une seule chose : ne surtout pas faire demi-tour.

C’est pourtant ce que mon corps me hurle de faire. Retourner à la maison du Maître et finir ce que j’ai commencé. Faire à Maître Jacobson ce que j’ai fait à Maître Graham, plonger ma main à travers son corps et sentir ses poumons se contracter autour de mon bras. Entendre l’air siffler laborieusement hors de sa cage thoracique avait eu quelque chose de jouissif. Son corps avait commencé à s’affaisser et j’en avais extirpé mon bras d’un coup sec, faisant au passage craquer quelques côtes. Sans mon soutien, ce qu’il restait du Maître avait mollement glissé au sol, ses yeux sans vie toujours rivés aux miens. Ses yeux verts dont j’avais hérité.

Ce sont les hurlements des chiens en approche qui me sortent de ma torpeur. J’avais arrêté de courir et m’étais tourné vers la plantation. Je ne distinguais déjà plus la maison. Celle à côté de laquelle j’avais grandi, dans laquelle j’avais servi et qui aurait été la mienne si j’étais né d’une autre couleur. Y retourner était maintenant impensable.

Redressant les épaules, je me tourne vers le bayou et reprends ma course.

lundi 7 octobre 2013

Start anew

[Fond musical : Start Anew - Beady Eye]

Parfois, je ressens cette nostalgie étrange. Celle des choses qui n'ont pas encore été vécues.

Comment peuvent-elles me manquer ? Comment puis-je sentir ces mains fantômes m'enlacer, la trace de leurs doigts imprimée sur mes hanches, comme si elles venaient de les quitter ?

Le pire étant que je ne suis pas nostalgique de moments incroyables. Mon esprit se contente d'une succession de petits détails. De bisous dans le cou et d'éclats de rire dans la cuisine, de pizzas partagées devant un film nul, de meubles montés à grands renforts de "Non mais je t'avais dit que ça c'était la planche B6..." agacés, de petits mots laissés sur le frigo et de "Tu trouves pas que la chaudière fait un bruit bizarre ?".

La nostalgie de quelqu'un avec qui partager les détails du quotidien et les nouvelles tragiques, faire les listes de courses et des câlins le dimanche matin, repeindre le salon et boire le café.

J'ai l'impression de vivre avec ce fantôme d'une personne qui n'a jamais existé.