mercredi 29 janvier 2014

Monster 3 - Thomas

[Ce texte fait partie de la série Monster. Il n'est pas nécessaire d'avoir lu Monster et/ou Monster 2, mais ça aidera à la compréhension du texte - et ça me fera plaisir -.
Le texte a été une grosse galère à pondre OHMONDIEU écrit en écoutant cette playlist.]



Les hurlements m’accompagnent alors que je traverse la plantation en courant, fuyant le plus vite possible hors de portée des cris. Ils ont dû retrouver le corps du Maître.
Des voix d’hommes s’élèvent, des chiens aboient, quelques cris aigus de femmes percent la nuit. Malgré la distance, je reconnais ceux de ma mère : implorant, suppliant dans un anglais qui roule toujours mal sous sa langue, criant mon nom sans que je sache si elle me demande de revenir ou m’encourage à courir plus vite.

J’avais toujours été un monstre. Le sang sur mes mains n’en était qu’une preuve supplémentaire.

- Rattrapez-moi ce sale nègre ! JE LE VEUX PENDU !
- Thomaaas ! Oh mon Dieu non, ne lui faites pas mal par pitié. Maître Jacobson, pitié !

Les lianes me fouettent le visage mais je n’y prête guerre attention. Toute ma concentration est focalisée sur une seule chose : ne surtout pas faire demi-tour.

C’est pourtant ce que mon corps me hurle de faire. Retourner à la maison du Maître et finir ce que j’ai commencé. Faire à Maître Jacobson ce que j’ai fait à Maître Graham, plonger ma main à travers son corps et sentir ses poumons se contracter autour de mon bras. Entendre l’air siffler laborieusement hors de sa cage thoracique avait eu quelque chose de jouissif. Son corps avait commencé à s’affaisser et j’en avais extirpé mon bras d’un coup sec, faisant au passage craquer quelques côtes. Sans mon soutien, ce qu’il restait du Maître avait mollement glissé au sol, ses yeux sans vie toujours rivés aux miens. Ses yeux verts dont j’avais hérité.

Ce sont les hurlements des chiens en approche qui me sortent de ma torpeur. J’avais arrêté de courir et m’étais tourné vers la plantation. Je ne distinguais déjà plus la maison. Celle à côté de laquelle j’avais grandi, dans laquelle j’avais servi et qui aurait été la mienne si j’étais né d’une autre couleur. Y retourner était maintenant impensable.

Redressant les épaules, je me tourne vers le bayou et reprends ma course.

lundi 7 octobre 2013

Start anew

[Fond musical : Start Anew - Beady Eye]

Parfois, je ressens cette nostalgie étrange. Celle des choses qui n'ont pas encore été vécues.

Comment peuvent-elles me manquer ? Comment puis-je sentir ces mains fantômes m'enlacer, la trace de leurs doigts imprimée sur mes hanches, comme si elles venaient de les quitter ?

Le pire étant que je ne suis pas nostalgique de moments incroyables. Mon esprit se contente d'une succession de petits détails. De bisous dans le cou et d'éclats de rire dans la cuisine, de pizzas partagées devant un film nul, de meubles montés à grands renforts de "Non mais je t'avais dit que ça c'était la planche B6..." agacés, de petits mots laissés sur le frigo et de "Tu trouves pas que la chaudière fait un bruit bizarre ?".

La nostalgie de quelqu'un avec qui partager les détails du quotidien et les nouvelles tragiques, faire les listes de courses et des câlins le dimanche matin, repeindre le salon et boire le café.

J'ai l'impression de vivre avec ce fantôme d'une personne qui n'a jamais existé.

mardi 24 septembre 2013

Now my feet won't touch the ground

[Attention, ceci est une mini fanfiction basée sur l'univers de Harry Potter.
Cependant, ce texte ne reprend aucun des personnages des livres/films, ne se déroule pas à la même époque et n'intègre pas l'intrigue des livres/films.
Du coup promis, c'est garanti sans spoiler -on sait jamais, si quelqu'un ne sait toujours pas qui meurt dans le dernier bouqu... AHEM-
Après le marathon Harry Potter au Grand Rex le mois dernier, j'avais envie d'écrire sur tout ce qui n'est pas/que peu montré dans les livres/films : la vie de tous les jours, toutes les petites choses qui diffèrent du monde moldu et qui font que Harry Potter est magique. Et puis les familles de sang-pur c'est mon délire, donc youpi des noms latins partout, c'est la fête.
Enjoy ;)

Je me souviens de la première fois que mes pieds ont quitté le sol.
Il s’agit même sûrement de mon premier véritable souvenir d’enfance.

J’avais environ six ans et mon père revenait d’un voyage d'affaires en Chine. Il m’avait ramené un de ces balais que les sorciers des anciens temps utilisaient pour familiariser leurs enfants à la pratique du Quidditch dès le plus jeune âge. Après de nombreux accidents (certains enfants s’étaient envolés pour ne jamais être retrouvés, ce qui était très fâcheux), la possession de ces balais miniatures avait été interdite et leur production stoppée.
Bien entendu, certaines familles avaient conservé les leurs, éconduisant les agents du Ministère à grand renfort de « Allons, monsieur, on ne se sépare pas comme ça d’un authentique morceau d’Histoire sorcière, enfin ! ».
Ma propre mère avait apparemment pris sa première leçon de vol à huit ans, sur le balai d’entraînement de mon arrière grand-mère. Le pauvre avait fini brisé net lorsque ma tante avait foncé à pleine vitesse directement dans l’un des chênes du jardin.

L’objet que Lazarus Renford, mon père, avait déniché à Shanghai avait, lui, tout d’une œuvre d’art antique. Les poils en brindilles du balai avaient été soigneusement vernis à l’aide d’une laque noire. Le court manche, adapté à la taille d’un jeune enfant, était taillé dans un solide morceau de merisier poli. Juste avant la base des poils, deux étriers argentés, sertis de petites émeraudes, saillaient de part et d’autre du manche, permettant à l’enfant de caler confortablement ses pieds une fois penché sur le balai.

Mon père ne m’en avait pas fait officiellement cadeau.
Le balai était cependant déjà trop petit pour mon frère aîné Clemens, et, pour l’instant, impraticable pour Theobaldus qui n’était guère qu’un nourrisson.
Le balai n’était pas "pour moi". Mais j’avais pourtant eu l’honneur de le déballer. Et Clemens s'était vu offrir un dragon de jade miniature animé, qui crachait de véritables petites flammes lorsqu’on lui touchait la collerette. Même du haut de mes six ans, j’avais reconnu le cadeau de consolation que papa avait fait à mon frère aîné.
Le balai était à moi.

L’objet entre les mains, j’avais taché de ne pas trop remuer sur ma chaise en attendant d’être autorisée à sortir de table. Ma grand-mère me surveillait du coin de l’œil, l’air amusé.
- Très bien…, avait fini par dire mon père en reposant sa tasse de thé épicé. Serena, que dirais-tu d’aller vérifier si ce balai fonctionne toujours ?
 J’avais quasiment jailli hors de mon siège et foulais la pelouse de l’arrière jardin avant même que mes parents ne se soient levés.

Clemens m’avait rapidement rejoint et son dragon de jade voletait à mes pieds tandis que j’attendais en trépignant l’arrivée du reste de ma famille. Ma mère descendait lentement les escaliers, Theo assoupi dans ses bras, emmitouflé dans une épaisse couverture brodée. Derrière elle, mon père avançait en donnant, plus par convenance que par nécessité, le bras à grand-mère.

Etheldreda Caraeldi, ma grand-mère, avait été poursuiveuse pour l’équipe des Ballycastle Bats pendant plusieurs années après sa sortie de Poudlard. Stephana, sa fille, avait elle remporté la coupe de Quidditch trois ans de suite lorsqu’elle était attrapeuse pour l’équipe de Serdaigle. Âgée d’à peine six ans, je sentais déjà la pression de générations de grandes joueuses peser sur mes épaules.

Mon petit frère fut transféré dans les bras de mon père, permettant à ma mère de s’arrêter à mes côtés et de poser sur mon épaule une main rassurante.
- C’est assez simple, Serena. Tu te places à côté du balai. Voilà, parfait. Maintenant, tiens ta main au-dessus du manche. Et, avec conviction, tu lui ordonnes « Debout ! ».

Les sorciers vivent parfois très longtemps, mais je pourrais vivre un millénaire et ne jamais oublier le bruit du claquement du bois contre ma main, suivi des discrets applaudissements de ma grand-mère.
- Fantastique ! s’était exclamé mon père, visiblement très fier de lui-même et de son idée. Regarde, Stephana, elle est gauchère comme toi !
Ma mère m’avait adressé un sourire complice avant de poursuivre :
- Maintenant, Serena, tu enfourches le balai. Avec délicatesse, ma chérie, c’est une pièce de collection. Et tu tapes du pied au sol, fermement.

Je ne saurais expliquer la sensation. La montée d’adrénaline provoquée par le soudain vide sous mes pieds, vite remplacée par une vague d’euphorie balayant tout. La vue de la pelouse reculant lentement sous moi, mes pieds se calant comme par réflexe sur les étriers, mes mains raffermissant leur prise autour du manche, mes cheveux collés à mon visage par la brise.
Cette sensation de liberté totale lorsque, me penchant vers l’avant, je pris soudain de la vitesse et avançais brusquement de plusieurs mètres, sous les hourras de ma famille.

Encore aujourd’hui, je repense à ce moment à chaque fois que je monte sur un balai ; que ce soit pour un match de Quidditch, pour rendre visite à une voisine ou juste pour survoler les champs alentours.

Je ne suis jamais plus heureuse que dans les airs.