mardi 7 juin 2016

100 jours, 100 textes : Cassée


28 avril 2016 
Cassée

J'en ai appris beaucoup sur moi ces dernières années.
Ces découvertes se sont faites à marche forcée, dans la douleur et la tristesse. J'ai dû faire le deuil de cette partie de moi qui n'existerait probablement jamais, le deuil de l'avenir que je m'étais imaginé. Et puis vivre avec ce bout de moi, ce poids mort, que l'acceptation érode peu à peu.
J'espère qu'elle en viendra un jour à bout et que je pourrais me regarder dans le miroir sans penser à ce mot : cassée.

Je viens de me rendre compte qu'il va falloir faire le deuil d'autre chose. Il est probable que plus jamais personne ne me dise "je t'aime". C'est tout bête, mais ça ne m'avait jusqu'ici jamais traversé l'esprit. Je l'entendrais sûrement de la bouche de ma mère, de celle de mes amis, peut-être, mais ça sera tout.
Je n'aurais personne à qui le dire non plus. Personne à regarder avec cette adoration totale et acceptation complète en pensant "Mon dieu, comme je l'aime...".
C'est ça aussi, se sentir cassée : c'est regarder une partie de soi qui avait l'air intacte et la trouver pleine de micro-fissures. Et espérer que le temps les remplisse et les lisse.

Avant qu'elle ne brisent pour de bon.


[Le 19 avril 2016, je me suis lancée dans un challenge nommé #the100dayproject. 
Le but du challenge est de produire quelque chose, chaque jour, pendant 100 jours.  
Alors j'ai décidé que tous les jours, pendant 100 jours, j'allais choisir un mot et écrire un texte dans mon carnet. 
Peu importe s'il faisait 3 lignes ou 3 pages.

100 jours, 100 textes : Soulager


27 avril 2016 
Soulager

"C'est le dernier pour ce soir, Aloïs. Tu veux de l'eau ou quelque ch...
- Non. Non c'est bon. Fais-le entrer.

Emeric sort de la pièce pour aller chercher le dernier patient de la journée. Je m'effondre au sol dès qu'il a passé la porte.
Mes mains tremblent de façon incontrôlable, pas juste des tressaillements mais de vrais soubresauts violents, en continu. Il faut que je dorme. Plus qu'un et je dors.

dimanche 5 juin 2016

100 jours, 100 textes : Bougies


26 avril 2016 
Bougies

Je trouve qu'il y a quelque chose de rassurant dans le fait que nous ayons tous peur du noir.
L'humanité entière a, à des niveaux différents, cette angoisse innée de l'absence de lumière.

C'est pourquoi il y a quelque chose d'étrangement apaisant dans les bougies. Loin des néons blafards, de la violence d'une flambée ou de la toute puissance du Soleil, les bougies sont cette minuscule flamme, ce petit bout de feu maîtrisé, qui éclaire, réchauffe et rassure.

Tant de bons souvenirs sont liés aux bougies dans mon esprit : les anniversaires, certes, mais aussi la paix totale et la foi inébranlable de la crypte dans cette église de Montréal. La lumière douce des veilleuses éclairant les dizaines de cannes laissées là par des croyants guéris. Mais aussi l'étrange chaleur entourant la Place de la République en cette fin de mois de novembre, une odeur de cire flottant dans l'air à plusieurs mètres du monument illuminé. L'odeur de l'espoir, du pardon et de la résistance.

Il y a quelque chose de rassurant dans le fait de savoir que nous sommes égaux devant la peur du noir.
Mais ce qui est encore plus beau, c'est le sentiment de sécurité que l'on ressent en se rendant compte que, bougie par bougie, petite flamme par petite flamme, l'humanité conquiert ses peurs et fait reculer l'obscurité.


[Le 19 avril 2016, je me suis lancée dans un challenge nommé #the100dayproject. 
Le but du challenge est de produire quelque chose, chaque jour, pendant 100 jours.  
Alors j'ai décidé que tous les jours, pendant 100 jours, j'allais choisir un mot et écrire un texte dans mon carnet. 
Peu importe s'il faisait 3 lignes ou 3 pages.